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lundi 1 mars 2010

La chanson d'un gâs


Il n'aimait pas l'école, ça sentait l'arnaque. Il n'aimait pas l'état, ça sentait le pourri. Il aurait aimé voir un autre monde, il supporta le sien dont il tira de magnifiques paroles. Ce il c'était Gaston, Couté de son état. Voici Gaston Couté.




PITOU LIT LA GUERRE SOCIALE

Aussi vrai que j’m’appell’ Pitou
Je n’m’en r’sens pas pour les lectures
Et j’lisais trois fois rien du tout
Avant qu’arriv’ c’tt’aventure :
Gesticulant, grinçant les dents
L’autr’ jour v’là l’colon qui s’emballe
Et qui parl’ comm’ça d’foutr’ dedans
Les ceuss’s qu’auraient la « Guerr’ Sociale »

La « Guerr’ Social’ ? » - que j’réfléchis –
Ké qu’c’est qu’ce fourbi délétère ?...
J’saisis ‘cor pas tous les chichis
De c’sacré métier militaire !
J’fourr’ le doigt d’la perplexité
Au plus creux de mes foss’s nasales,
Sans pouvoir me représenter
C’que pouvait êtr’ « la guerr’ sociale » !

De cett’ gymnastiqu’ ne gardant
Qu’un’ migraine carabinée,
Le lendemain, j’vois l’adjudant
Qui rapplique dans la chambrée :
Là ! v’là-t-y pas c’bougr’ de cochon
Qui fait prendr’ l’air à notr’ ling’ sale
Et qui chahut’ nos polochons
Afin d’trouver la « Guerr’ Sociale »

« Au fait – que j’lui dis, timid’ment –
Mon adjudant, voulez-vous m’faire
La grâce d’un p’tit renseign’ment :
Ké qu’ c’est donc enfin qu’cett’ affaire ?
- Foutez-d’moi ? L’drapeau dans l’fumier !
S’pèc’ d’andouille !... Internationale !...
Comprenez pas ! Bêt’ comm’ vos pieds –
Non de dieu ! quoi ! la Guerr’ Sociale !

Cett’ lumineuse explication,
En mon entend’ment difficile,
N’apporta pas un’ solution,
Mais l’dimanch’ promenant en ville,
Chez le marchand d’journaux du coin
J’vois un p’tit canard qui s’étale,
J’l’achète et je l’zieut’ , sans témoin…
Tiens, tiens… C’est ça la « Guerr’ Sociale » !

« Foi d’Pitou ! y a d’la vérité !
Et cett’ machin’-là m’intéresse - » :
Depuis j’touv’ moyen d’dégoter
Tous les numéros qui paraissent ;
Je m’imbib’ comm’ ça, tout du long
D’tout’s les idé’s qui s’en exhalent…
Dir’ que c’est la faut’ du colon
Si j’lis maint’nant « la Guerr’ Sociale ».

samedi 23 janvier 2010

Pays


Mon pays, à toi je fus greffé
A toi je fus arraché
Accouplement et divorce violents
Comme un orage foudroyant

Nous n'avions rien demandé
Le destin est ainsi fait
Nul ne peut lui échapper
Nous sommes le rouage d'un rêve contrarié

Mon pays, à toi je fus greffé
A toi je fus arraché
L'âge estompe ou avive le souvenir
Son poids allume un faisceau de désirs

La folle envie de te revenir
Partir, revenir, redisparaître
Éternel va-et-vient d'enfant prodigue
Je suis l'otage prêt à s'enfuir

Mon pays, à toi je fus greffé
A toi je fus arraché
Demeure toujours cette flamme
Cette coulée de sang mélangé

S'embrasant chaque fois
Que de l'autre côté du rivage
Un violent coup de froid
Vient frapper mon visage

dimanche 17 janvier 2010

Faut vivre


Parce que c'est la vie, parce que il faut toujours faire avec. Qu'il fasse beau, qu'il fasse gris, c'est la vie qui, comme un nuage, comme un coup de soleil, balance son défi. Merci Mouloudji. Merci à Rémi d'y avoir songé.

(Récité:)
Il y a peu être 150 millions de galaxies
contenant chacune 120, 150 millions d'étoiles...
A des centaines de milliers d'années lumières...
Il y a des centaines d'autres galaxies
contenant encore des milliards d'étoiles...
Poussière dans un Sahara d'étoiles...

malgré les grands yeux du néant
c'est pour mieux nous manger enfant
et les silences et les boucans...
faut vivre

bien qu'aveugles sur fond de nuit
entre les gouffres infinis
des milliards d'étoiles qui rient...
faut vivre...

malgré qu'on soit pas toujours beau
et que l'on ait plus ses seize ans
et sur l'espoir un chèque en blanc
faut vivre...

malgré le coeur qui perd le nord
au vent d'amour qui souffle encore
et qui parfois encore nous grise
faut vivre...

malgré qu'on ait pas de génie
n'est pas Rimbaud qui peu pardi
et qu'on se cherche un alibi
malgré tous nos morts en goguette
qui errent dans les rues de nos têtes
faut vivre...

malgré qu'on soit brave et salaud
qu'on est des complexes à gogo
et qu'on les aime c'est ça le pire
faut vivre...

malgré l'idéal du jeune temps
qui c'est usé au nerf du temps
et par d'autre repris en chantant
faut vivre...

malgré qu'en s'tournant vers l'passé
on est effrayé de s'avouer
qu'on a tout de même un peu changer
faut vivre...
malgré qu'on soit du même voyage
qu'on vive en fou, qu'on vive en sage
tout finira dans un naufrage
faut vivre...

malgré qu'au ciel de nos poitrines
en nous sentinelle endormie
dans un bruit d'usine gémit
le c?ur aveugle qui funambule
sur le fil du présent qui fuit
faut vivre...

malgré qu'en nous un enfant mort
parfois si peu sourit encore
comme un vieux rêve qui agonise
faut vivre...

malgré qu'on soit dans l'engrenage
des notaires et des héritages
ou le c?ur s'éc?ure et s'enlise
faut vivre...

malgré qu'on fasse de l'humour noir
sur l'amour qui nous en fera voir
jusqu'à ce qu'il nous dise au revoir
faut vivre...

malgré qu'à tous les horizons
comme un point d'interrogation
la mort nous regarde d'un ?il ivre
faut vivre...

malgré tous nos serments d'amour
tous nos mensonges jour après jour
et bien que l'on ait qu'une vie
une seule pour l'éternité
malgré qu'on la sache ratée....

Faut vivre...

Mouloudji

samedi 2 janvier 2010

Écrit par les vents


Un p’tit poème pour terminer l’année ? : celui de Jean-Luc
WAUTHIER, ‘Fable’, in ‘fruits de l’ombre (poèmes 1976-1993)’, ed. L’arbre à
paroles

Écrit par les vents

Cela commence un peu
comme l’histoire d’un homme
perdu sur une lande en feu
il croyait la table desservie
le repas préparé
et le voici otage
de ces imperceptibles pas
qui le conduisent vers l’ailleurs
vers le sable les nuages et le vent.

La fable continue
comme le vent du noroît
qui souffle dans les couloirs obliques
de la douceur
et l’homme se détourne de ce qu’il fut
oublie la lande en feu
les écharpes du temps
les baisers volés aux vitres de la nuit
la sourde angoisse
de ne plus retrouver les clés de la maison
ni le beau portefeuille en cuir
qu’à vingt ans il reçut
pour y cacher les rides du destin.

L’histoire finit un peu
comme ce vieil homme
qui se fait peu
déteste les miroirs
et marche à petits pas
vers la mort
dont il a peur
mais qui l’attire
comme un carrousel multicolore
et lumineux

Ainsi s’achève
cette histoire
qui fort heureusement
ne rime à rien
et n’aura pour tout lecteur
que la souveraine indifférence
des nuages
du sable
et du vent.

Jean-Luc Wauthier

dimanche 22 novembre 2009

Miel fois raison


« Je suis comme une abeille enfermée dans un pot de miel. » Cette phrase est de l'excellent poète et chanteur breton Gérard Delahaye, vers les année 1970. A l'époque, la situation était grave. Nous étions, prolétaires exploités, déjà sommés de « consommer » le miel de la distribution, alors que, ivres de fatigue, nous n'aspirions qu'à la liberté hors du pot, nous n'aspirions qu'au repos... après fabrication du miel de la communauté.
Aujourd'hui c'est bien pire. Le pot se vide, ou le miel est avarié, ce qui est pire. L'abeille est folle...
On ne sait plus lire, ni même s'écouter. On est dans notre petite bulle, chacun, sans boulot ou si peu. Sommés d'être « tous contre tous », au lieu du « tous ensemble », simple slogan.
Des rennes du grand nord se noient dans le lac qu'ils traversent pour leur migration : la glace fond...
Des hommes d'îles du grand Pacifique se noient : le niveau de la mer engloutit leur territoire...
Des coraux meurent de pollution, par centaine de millions, avec les poissons qui en vivent par dizaines de millions...
Nous, les abeilles ouvrières, n'avons plus de fleurs (sinon en plastique, ou polluées) pour faire du miel, cela s'appelle chômage et délocalisation, pour engraisser les actionnaires, frelons tueurs...
Restent les bombes atomiques, les trafics d'armes et de pognon, les mafias et les beaux discours...
Restent l'accroissement démographique de « l'homo sapiens sapiens » au détriment des autres espèces et la raréfaction des ressources de sa survie – ou son empoisonnement, par miel OGM...
Reste la poésie. L'espoir. Non plus la poésie écrite, mais celle que l'on écoute dans le vent... de folie.
Reste la folie de l'abeille enfermée, son espoir de casser le pot ou de s'en échapper : liberté !
A suivre ? : oui, ma soeur, oui mon frère : la Révolution ! Comment ? Mystère de la poésie, de la vie !

Rémi Bégouen