samedi 30 janvier 2010

Morue et pomme de terre… à l’alu !

moruesche.jpgCeci est un plat que je goûtais en 1973, environ, que je ne vous conseille pas
de reproduire, même si vous êtes maso : de toute façon il est rarissime d’avoir encore en France une fonderie d’aluminium aussi dégueulasse que celle où je me suis embauché à l’époque, à Montreuil, parmi beaucoup d’ouvriers portugais –certains en clandestins, pour fuir le service militaire de Salazar qui les envoyaient en Angola & Mozambique. Ils préféraient importer en France leur plat national…

1 - Disposer d’un vaste chaudron (3 mètres de diamètre !) dans lequel mijote de l’aluminium en fusion, à 700°, alu liquide que l’on prend ‘à la louche’ (avec une queue d’un mètre !) pour le verser dans le moule du futur bel objet…

2 - Attendre la première sonnerie à midi moins cinq, qui indique la fin de la
dernière opération de moulage. En principe, ce temps est consacré à diverses tâches de rangements… en pratique c’est le moment de sortir de la grande poche du tablier protecteur ses patates pour les disposer à cuire sur le bord circulaire de l’immense chaudron, sans oublier de les retourner de temps en temps (on a des gants crados, tant pis !) pour qu’elles cuisent partout. Il arrive parfois qu’une patate indocile glisse dans la fournaise d’alu : cela fait‘pschitt’… et une petite scorie qui se retrouvera peut-être dans un objet moulé !

3 - Seconde sonnerie à midi : pause casse-croûte. On sort sa gamelle, son litron de kiravi, et surtout sa morue séchée & salée. Parfois une sauce épicée, en prime. Et on mange, le cul à terre, en cercle, faisant circuler le pain et bien sûr l’huile d’olive, indispensables. On se régale ! On parle aussi beaucoup, notamment de toute la gastronomie raffinée portugaise autour de la morue : recettes de rêves !

4 - Sonnerie de midi 55 minutes. Le temps de tout ranger vite fait, de rêver d’une petite sieste et de reprendre le boulot à la sonnerie de 13 heures… pour digérer ! (perdre sa vie à la gagner, aussi).

Moralité : j’aime toujours la morue, mais désormais en 'accras’, ces délicieux beignets…

Rémi Begouen

vinkiravi.jpg

Cane royale au Brie

ps.jpgPrenez une cane dodue à souhait, gavée au bon blé transgénique d'outre-atlantique. Faites la revenir en France dans la cocote-minute des futures présidentielles. Nappez la d'une sauce royale au brie et au poivre rose. Laissez mariner le tout dans son jus jusqu'en 2012. Soulevez le couvercle à la date opportune. Résultat non garanti… Boire beaucoup pour oublier !

b.mode

PS : Avec nos champions du piano à casseroles qui nous font baver de recettes plus succulentes les unes que les autres, Ruminances lance un défi de préparations culinaires satiriques. Ruminants et lecteurs, à vos plumes pour nous proposer vos petits plats politico-véreux ! Ils seront illustrées par le grand Erby Kezako qui a suggéré cette tambouille !

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La recette de la vieille au Banier de crabes

banierdecrabes.jpgÉcailler la vieille avant de la mettre au four. Faire cuire à feu doux pour la maintenir en vie (il ne faut pas tuer la bête en cours de chauffe). Éplucher ses comptes de main de Maistre. Ajouter des grosses légumes façon Woerth dans le Banier de crabes. Mélanger le tout dans le chaudron fumeux de la raie publique. Vous obtenez un des plus gros étouffe-belle-mère de la Cinquième. Servir avec des pots-de-vin…

b.mode

corruptionthumbnail.gif PS : Avec nos champions du piano à casseroles qui nous font baver de recettes plus succulentes les unes que les autres, Ruminances lance un défi de préparations culinaires satiriques. Ruminants et lecteurs, à vos plumes pour nous proposer vos petits plats politico-véreux ! Ils seront illustrées par le grand Erby Kezako qui a suggéré cette tambouille !

La variante “fumeuse” en vidéo


Woerth et l'affaire Bettencourt OREaL [ITV] FR5 200610
envoyé par peanutsie. - L'info video en direct.

La recette du bon français façon Besson

downloadreadjpghtml.jpgPrenez un coq gaulois, blanc de préférence, élevé au pur lait de Marianne. Laissez le mijoter dans son jus jusqu'à ce qu'il devienne bien mou et très manipulable. Ne jamais le mélanger avec un corps étranger, basané de surcroît. Ne pas même le passer au chinois mais de préférence à la moulinette de la désinformation. Faites le chanter un bon quart d'heure dans la poêle un hymne cocardier voire même franchouillard. Le cuire à l'étouffée puis le laisser se réduire à l'extrême dans un recoin de cuisine électorale. Vous obtiendrez ainsi un bon petit français façon Besson, tendre et prêt à servir… les intérêts de la nation !

b.mode

coq1.gifPS : Avec nos champions du piano à casseroles qui nous font baver de recettes plus succulentes les unes que les autres, Ruminances lance un défi de préparations culinaires satiriques. Ruminants et lecteurs, à vos plumes pour nous proposer vos petits plats politico-véreux ! Ils seront illustrées par le grand Erby Kezako qui a suggéré cette tambouille !

La variante “généreuse” en vidéo


Entrée, plat et dessert à la biscotte

biscotte1.jpgLes temps étant difficiles pour une grande majorité de citoyens, les denrées devenant rares et l'assistanat exponentiel, voici une recette qui ne manquera pas de faire agir et réagir au pays de la gastronomie.

Nous nous sommes creusés l'esprit pour présenter un plat du jour correspondant non pas à l'attente mais à la réalité du moment pour beaucoup de citoyens.

Si cela peut vous rassurer, cela ne vas pas aller en s'améliorant.

Pour accompagner cette orgie, un breuvage s'impose, le voici :

picrate.jpg

Au cas où certains mécontents, fins du palais, auraient des protestations à faire valoir, n'oubliez pas de vous munir de l'auxiliaire de base qui fera réfléchir l'intendant en chef :

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L’Art de l’omelette au lard

cochondansloeufrmi.jpgL’ART DE L’OMELETTE AU LARD Ou : 12 œufs et ½

La poésie, par nature, est branchée sur tout art, dont l'art culinaire. Ce
canular en est un exemple, car la poésie, par nature, est branchée sur tous les registres, du plus pompier au plus académique, du plus ordurier au plus rigolo, ce qui est le cas !

Pour faire une bonne omelette,
Il faut douze œufs et un demi;
Puis, les jeter par la fenêtre
Tout en poussant de violents cris.

Lorsque, rendus sur le trottoir
Peu après vous les rejoignez,
Ramassez les morceaux épars
Et, un à un, les remontez.

Après, balancez le cochon
Et, de la bestiole éclatée
Ne récupérez des lardons
Que ceux dont sort de la fumée.

Vous avez tous les ingrédients
Pour faire votre omelette au lard
Et, comme je vous sais patients,
Ce sera l’enfance de l’art.

Déposez dans chaque coquille
Un lardon, un peu de fumée,
Et, bien meilleur que des lentilles,
Recouvrez-les de pois cassés.

Lors, des jaunes et blancs brouillés,
Cela est une vieille histoire,
Douillettement vous napperez
Les ovoïdes présentoirs.

Vous salerez et poivrerez,
Laissant à votre libido
Le loisir de vous indiquer
Si c’est assez ou si c’est trop.

Les coquilles étant fermées,
Mettez au four à micro-ondes
Sur votre station préférée
Puis allez danser une ronde.

Une fois que, bien essoufflé,
Vous ouvrez le bazar fumant,
Surtout, point ne vous inquiéter
Du léger remugle en sortant.

Pour ce faire, d’une main experte,
Le contenu du contenant
Séparerez, fenêtre ouverte
Pour éviter tout accident.

Les coquilles éliminées,
Reniflez subrepticement
Et, si vous n’avez pas bon nez,
Jetez le tout, c’est plus prudent.

Ne jetez pas çà n’importe où,
Car, ces messieurs de la police
Pourraient remonter jusqu’à vous
Et vous assigner en justice.

De tribunal en tribunal,
Pour une omelette cruelle,
Vous n’allez pas risquer le pal…
Le jeu n’en vaut pas la « chandelle ».

Alors, pour oublier tout çà,
Une fois les douze œufs jetés,
Ne gardez, l’ami, croyez-moi,
Que le demi, et… le buvez.

Pascal 1988

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Curry de gambas au lait de coco - raïta de concombre

raita.jpgUne petite entrée bien fraîche et goûteuse …

INGRÉDIENTS :

1 gros concombre - 1 cuillerée à soupe de jus de citron vert - 1 yaourt brassé - 1 pincée de curcuma - 1 pincée de paprika - 1 cuillerée à café de garam massala - 2 brins de coriandre fraîche - sel et poivre.

TECHNIQUE :

- peler le concombre, puis le couper en deux dans le sens de la longueur, le vider de ses graines à l'aide d'une petite cuillère

- le couper en petits dés, les mettre dans un saladier

- ajouter le yaourt, le jus de citron vert, le curcuma, le paprika et le garam massala, saler, poivrer et bien mélanger

- ciseler la coriandre et incorporer au dernier moment avant de servir.–

– Regarde en dessous, il y a une autre recette !

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Carlita doit être en train de faire suer tous les cuisiniers de l'Élysée pour se faire faire des plats comme là-bas … mais nous on sait faire !

INGRÉDIENTS :

600 gr de gambas cuites - 2 oignons - 3 gousses d'ail - 1 morceau de gingembre de 5 cm environ - 1 citron vert - 1 cuillerée de ghee (ou de beurre fondu) - 15 cl de lait de coco - 5 gousses de cardamome - 2 feuilles de laurier - 1 piment oiseau - 1 pincée de curcuma - sel et poivre.

TECHNIQUE :

- presser le citron pour recueillir le jus

- ouvrir les cardamome pour recueillir les graines

- peler et hacher les gousses d'ail, peler le gingembre et le couper en petits morceaux, les mettre dans un mortier et les écraser au pilon (ou passez les au mixeur); épépiner le piment oiseau

- peler les oignons, les émincer en rondelles, bien détacher les anneaux les uns des autres, faire chauffer le ghee et faire sauter les oignons jusqu'à ce qu'ils soient légèrement colorés

- ajouter la pâte d'ail et de gingembre, mélanger 30 secondes sur le feu, puis ajouter le curcuma, les feuilles de laurier, le piment et les graines de cardamome, arroser avec le jus de citron vert et mélanger doucement.

- Incorporer le lait de coco et rectifier l'assaisonnement

- décortiquer les gambas, puis les ajouter dans la sauteuse, bien mélanger et laisser cuire à feu doux 4 à 5 minutes.

SERVIR IMMEDIATEMENT ET BOIRE …. JE PENSE DU ROSE BIEN FRAIS.

la pecnaude

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Macaronade

macaronade.jpgUn plat d'anthologie. La sauce qui résulte de ce plat est une sauce napolitaine, et qui n'a jamais goûté cette sauce avec des pâtes a encore au moins une chose essentielle à découvrir dans la cuisine !

ingrédients :

Pour 6 personnes : 1kg de boeuf à bourguignon, 500g de coulis de tomate, 30cl d'eau ou bouillon de boeuf (si on met de l'eau ajouter un bouillon cube), 15cl de vin rouge, 2 oignons, 1 carotte, 1 branche de céleri, huile d'olive, sel, poivre, 1 branche de thym
600g de macaronis, Parmesan râpé pour le service

préparation :

Coupez en petits cubes de 5mm oignons carotte et céleri. Dans une cocotte à fond épais, faites revenir à l'huile d'olive les morceaux de boeuf. Réservez, et faites revenir les légumes. Quand ils sont bien revenus, ajoutez la viande réservée, ajoutez le vin par petites quantités et faites réduire, puis couvrez avec la tomate et le bouillon. Salez, poivrez, ajoutez la branche de thym. Laissez cuire à petit feu pendant 4h. (On peut faire 2h la veille et deux heures le jour même ce sera encore meilleur !)
Faites cuire les macaronis et égouttez-les al dente. Laissez-les quelques minutes finir de cuire dans la sauce avec la viande. Servez avec du fromage râpé.

Vous pouvez retrouvez cette recette de macaronade sur cuisine-pied-noir.com

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Tortilla

tortilla1.jpgCette excellente omelette se mange à toute occasion en Espagne et fait notamment un bon en-cas en revenant de la plage… IL existe bien sûr un nombre infini de variantes de cette recette. Une des plus courantes consiste à remplacer les pommes de terre par des poivrons verts et rouges coupés en carrés et revenus avec les oignons. On peut également ajouter des cèpes en cubes aux pommes de terre, avec ail et persil. C'est une variante personnelle…

Ingrédients :

8 oeufs, 3 oignons, 750g de pommes de terre, huile d'olive, sel, poivre, une grande poêle à fond épais anti-adhésive

Préparation :

Méthode 1 : Coupez les oignons en lamelles et les pommes de terre en tranches fines après les avoir épluchées. Dans une grande poêle, mettez un fond d'huile d'olive et faites rissoler les pommes de terre et les oignons jusqu'à cuisson complète. Otez l'excédent d'huile, battez les oeufs, salez, poivrez, versez les oeufs dans la poêle. Quand l'omelette est prise, posez un couvercle sur la poêle, retournez vivement de façon à renverser l'omelette sur le couvercle, ajoutez un peu d'huile dans la poêle, puis faites glisser à nouveau dans la poêle, pour faire cuire la deuxième face de l'omelette. Laissez encore quelques minutes, puis servez, chaud, tiède ou à température.
Méthode 2
Faites cuire les pommes de terre à l'eau mais gardez-les encore fermes. Coupez en rondelles, faites revenir avec les oignons hachés, puis procédez comme pour la méthode 1

Christophe Certain

Retrouvez cette recette et bien d'autres sur Cuisine pied noir

Tortillas Au Guacamole

3868thickbox.jpgIngrédients :

- 1 avocat bien mur

- 1 petit oignon

- ½ piment

- ½ citron - Huile

- Origan

- Sel et poivre Pour la tortilla

- ½ paquet de farine de mais spéciale pour tortilla

préparation :

- Fendre l’avocat, dénoyauter et creuser la chair. - Passer la chair d’avocat au mixer ainsi que l’oignon haché, le piment, un filet d’huile et le jus de citron, une pincée de sel, de poivre et d’origan. - Préparer les tortillas en pétrissant la farine avec de l’eau puis façonner des petites boulettes, aplatir-les au rouleau en galettes rondes, mettre-les sur une plaque de four huilée, enfourner et laisser cuire pendant 35 min environ. - Tartiner les tortillas de guacamole et servir en entrée.

Christophe Certain

Retrouvez cette recette et bien d'autres sur Cuisine pied noir

Usez et abusez d'un Chardonnay mexicain !

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jeudi 28 janvier 2010

Soupe au pistou

Une ssoupeaupistou.jpgoupe au pistou express que l'on peut agrémenter de légumes secs (lentilles cuites ou pois chiches) de champignons en saison et de légumes variés, de vermicelles ou de macaronis cassés en morceaux et cuits à part. Étant donné le mode de préparation un peu spécifique on mixera les légumes plutôt que de les laisser en cubes dans l'eau qui n'aurait pas beaucoup de goût… A moins d'utiliser un bouillon de viande ou de légumes pour remplacer l'eau.
On peut égaleme
nt (et c'est délicieux) remplacer le mélange Parmesan/basilic par estragon/gruyère, essayez, vous m'en direz des nouvelles !
Ingrédients :

2 pommes de terre, 1 carotte, 1 ou 2 tomates, 1 branche de céleri, 1 branche de feuilles de basilic, 1 gousse d'ail, huile d'olive, Parmesan, 2 bols d'eau

Préparation :

Coupez les pommes de terre en petits cubes, passez 4mn au micro-ondes avec un fond d'eau. Pendant ce temps faites chauffer l'eau et découpez carotte et céleri en petits cubes. Ajoutez aux pommes de terre avec les tomates en quartiers par dessus et faites cuire 3mn. Otez les peaux de tomates.
Pilez ou mixez le basilic (gardez 3 feuilles hachées pour la déco) et l'ail avec 3 C.A.S. d'huile d'olive et du Parmesan râpé.
Ajoutez l'eau chaude et mixez les légumes au mixer plongeur. Salez, ajoutez le pistou, remuez et répartissez dans les bols. Décorez avec le basilic haché.

Christophe Certain

Recette du site cuisine pied noir

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Saint-Pierre au four


saintpierreaufourr2c2.jpgIngrédients :

1 saint-Pierre de 1,5kg, 600g de pommes de terre, 2 oignons, 1 C.A.S. de pâte d'ail ou 4 gousses d'ail pilées avec 1 C.A.S. d'huile d'olive, 1 C.A.C. de pâte de piment, (harissa ou sriracha par exemple) sel, huile d'olive

Préparation :

Emincez les pommes de terre et les oignons, disposez-les dans un plat à four, salez, arrosez d'huile d'olive, Ajoutez 1/2 verre d'eau et faites cuire th. 7 ou à 210° pendant 30mn, ou jusqu'à ce que le pommes de terre commencent à ramollir.
Pendant ce temps, mélangez le piment et la pâte d'ail, salez, et enduisez le saint-pierre avec le mélange, intérieur et extérieur. Si vous avez le foie du saint-pierre, ne le jetez pas, c'est très bon. Enduisez-le de pâte et remettez-le à l'intérieur du poisson.
Posez le poisson et faites cuire environ 1h à 210° en le retournant à mi-cuisson, jusqu'à ce que le poisson soit bien grillé, comme on l'aime en Méditerranée !

Christophe Certain Cuisine pied-noir

acheterchassagnemontrachetbouchardref92251.jpg Conseil du sommelier : un Chassagne-Montrachet (prononcez monrachet)

La triste saga du président narcissique


LaetSgo, blogueuse sans blog et twitteuse émérite a réalisé cet enfilage de perles à partir de bafouilles pour ruminances contant les pathétiques aventures de Narcisse en 2009 . Qu'elle en soit remerciée ! b.mode

La triste Saga du président Narcissique

Tempus fugit !...

et j'en connais un autre !...

samedi 23 janvier 2010

Pays


Mon pays, à toi je fus greffé
A toi je fus arraché
Accouplement et divorce violents
Comme un orage foudroyant

Nous n'avions rien demandé
Le destin est ainsi fait
Nul ne peut lui échapper
Nous sommes le rouage d'un rêve contrarié

Mon pays, à toi je fus greffé
A toi je fus arraché
L'âge estompe ou avive le souvenir
Son poids allume un faisceau de désirs

La folle envie de te revenir
Partir, revenir, redisparaître
Éternel va-et-vient d'enfant prodigue
Je suis l'otage prêt à s'enfuir

Mon pays, à toi je fus greffé
A toi je fus arraché
Demeure toujours cette flamme
Cette coulée de sang mélangé

S'embrasant chaque fois
Que de l'autre côté du rivage
Un violent coup de froid
Vient frapper mon visage

Le Fiadone (gâteau corse)


Fastoche de chez fastoche…

Toutefois il vous faut

- un fromage frais (400 à 500 g) appelé bruccio, c'est la saison, j'en trouve sur mon marché à Paname… même que j'en ai trouvé à Migro, chez ma frangine en Haute Savoie…

- la moitié d'un citron en zeste (que vous rapez, déchiquetez ou hâchez selon votre équimement en cuisine)

- 4 oeufs (moi j'en mets plutôt 3… pour que le mélange ne soit pas trop “liquide” avant de le mettre au four)

- 125 g de sucre (mais je fais tout au pifomètre)… n'abusez pas trop du sucre…

- 1 chouïa de liqueur (comme je n'ai que de l'anis Gras, je me sers de ça, qui se marie bien avec les plats “citronnés” et le fromage de chèvre (euh, de brebis plutôt).

D'abord vous mixez votre zeste (c'est ce qui va parfumer votre dessert donc n'hésitez pas à en mettre)… si c'est un citron non bio, lavez-le bien surtout !

Ensuite, dans une assiette, versez votre fromage et écrasez-le bien, ajoutez-y le zeste et touillez.

Dans un plat, touillez vos oeufs avec le sucre, jusqu'à ce que le mélange blanchisse (si c'est du sucre blanc mais le mien est brun donc ça ne devient jamais blanc)…

Versez l'”appareil” (les oeufs et le sucre) dans le fromage écrasé et touillez bien… s'il y a des grumeaux, prenez un robot pour que le mélange devienne bien onctueux.

Vous ajoutez vot' petite liqueur (moi anisette) mais ça peut être boukha, triple sec ou ch'ais pas moi… (1/2 doigt, juste pour apporter un petit “+” car le zeste suffit).

Mettez du papier sulfurisé au fond de votre moule, faites couler le mélange et enfournez dans un four chauffé (pas trop… la 1ère fois 1/2h à 180°, mon fiadone a failli cramer donc soit cuisson à 160° pendant 30' ou 20 mn à 180°).

Surtout ne faites pas comme moi, n'allez pas vous brancher sur Ruminances pour faire une longue réponse, sans quoi votre fiadone risquerait vite d'être un peu trop bronzé ;o)).

Quel vin avec ça ? Bigre… je n'y connais rien en vins “suaves”… à vous la suggestion.

Clomani

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La cuisine de hérissons de Charles


Çà se passait en 48, 49, j'allais chercher des champignons avec mon papa, quand, dans le bois nous rencontrâmes le vieux Charles. Il y habitait une cabane située à la lisière et fournissait les restaurants et les friqués du pays en gibier. Un vrai braco quoi. Ils avaient toujours des choses à se raconter et ma foi, nous allions manger avec lui. Je l'ai vu aller à un cageot, sortir un hérisson, l'arroser et comme il se retournait, pan un coup sur le museau, le tout le temps de le dire. Un, deux, trois …

D'un petit coup de son couteau, il fait une entaille sur la peau du ventre de l'animal et souffle dedans …on aurait dit le poisson fugu, une grosse boule avec des piquants, il fait les trois, puis tranquillement leur ouvre le ventre et les vide de leurs entrailles.

Dans une trou dans la terre sur des pierres plates il entretenait son feu, quand il partait, il le couvrait et en rentrant, il y avait toujours des braises,. Alors il a activé le foyer avec des brindilles (chez nous on dit du petit bois) et laissé brûler jusqu'à braises.

Pendant ce temps là, il a tiré d'un sac des oignons, du sel, a ramassé du serpolet et s'est mis en devoir de remplir les bestioles. Puis tranquillement il les recousues avec un gros fil noir (drôle de voir cette grande aiguille dans ses mains).

De la mare à côté, il a ramassé de la glaise et a enduit ses “nez de cochon”, bien comme il faut, puis il les a posés sur les pierres au fond du foyer, après on a recouvert le feu avec du sapin, des branches de serpolet en bonne couche et on est allé à la cueillette.

Revenus avec nos girolles, il a tout découvert, a ramassé ses trucs de glaise, ravivé le feu, a cassé gangues et en a sorti ses bestioles toutes dépiautées, la peau et les piquants étaient restés dans la terre.

Restait plus qu'à sorti les couteaux, la poêle et à faire frire les champignons … j'en ai mangé, c'était chaud et bon, surtout les jeaunotes !

lapecnaude

Vin à volonté !

robinet.jpg

dimanche 17 janvier 2010

Faut vivre


Parce que c'est la vie, parce que il faut toujours faire avec. Qu'il fasse beau, qu'il fasse gris, c'est la vie qui, comme un nuage, comme un coup de soleil, balance son défi. Merci Mouloudji. Merci à Rémi d'y avoir songé.

(Récité:)
Il y a peu être 150 millions de galaxies
contenant chacune 120, 150 millions d'étoiles...
A des centaines de milliers d'années lumières...
Il y a des centaines d'autres galaxies
contenant encore des milliards d'étoiles...
Poussière dans un Sahara d'étoiles...

malgré les grands yeux du néant
c'est pour mieux nous manger enfant
et les silences et les boucans...
faut vivre

bien qu'aveugles sur fond de nuit
entre les gouffres infinis
des milliards d'étoiles qui rient...
faut vivre...

malgré qu'on soit pas toujours beau
et que l'on ait plus ses seize ans
et sur l'espoir un chèque en blanc
faut vivre...

malgré le coeur qui perd le nord
au vent d'amour qui souffle encore
et qui parfois encore nous grise
faut vivre...

malgré qu'on ait pas de génie
n'est pas Rimbaud qui peu pardi
et qu'on se cherche un alibi
malgré tous nos morts en goguette
qui errent dans les rues de nos têtes
faut vivre...

malgré qu'on soit brave et salaud
qu'on est des complexes à gogo
et qu'on les aime c'est ça le pire
faut vivre...

malgré l'idéal du jeune temps
qui c'est usé au nerf du temps
et par d'autre repris en chantant
faut vivre...

malgré qu'en s'tournant vers l'passé
on est effrayé de s'avouer
qu'on a tout de même un peu changer
faut vivre...
malgré qu'on soit du même voyage
qu'on vive en fou, qu'on vive en sage
tout finira dans un naufrage
faut vivre...

malgré qu'au ciel de nos poitrines
en nous sentinelle endormie
dans un bruit d'usine gémit
le c?ur aveugle qui funambule
sur le fil du présent qui fuit
faut vivre...

malgré qu'en nous un enfant mort
parfois si peu sourit encore
comme un vieux rêve qui agonise
faut vivre...

malgré qu'on soit dans l'engrenage
des notaires et des héritages
ou le c?ur s'éc?ure et s'enlise
faut vivre...

malgré qu'on fasse de l'humour noir
sur l'amour qui nous en fera voir
jusqu'à ce qu'il nous dise au revoir
faut vivre...

malgré qu'à tous les horizons
comme un point d'interrogation
la mort nous regarde d'un ?il ivre
faut vivre...

malgré tous nos serments d'amour
tous nos mensonges jour après jour
et bien que l'on ait qu'une vie
une seule pour l'éternité
malgré qu'on la sache ratée....

Faut vivre...

Mouloudji

jeudi 7 janvier 2010

Pâté de lapin


Ce jour là quand vous vous approchez de la cage du lapin, il sait pourquoi vous êtes venu. Regardez-le, il tourne dans sa cage, puis en vous voyant arriver se plaque naïvement contre la paroi du fond, en pensant qu’il pourra vous échapper.
Faites attention, un lapin terrorisé peut vous faire de profondes entailles dans les bras, aussi bien avec ses dents qu’avec ses griffes. Vous ferez donc attention de bien le prendre par la peau du dos, et de serrer très fort pour qu’il ne puisse vous échapper, même s’il se débat. En touchant de la main sa fourrure vous vous rappellerez la douceur du petit lapin dans vos bras, la douceur de tous les petits lapins qui sont entrés dans cette cage. Vous vous rappellerez quand vous étiez enfant, lorsque vous regardiez comme hypnotisé votre grand-mère tuer des lapins, sans état d’âme apparent. C’est votre tour maintenant. Votre bras ne doit pas faiblir.
Après avoir serré un nœud coulant autour des pattes arrières de l’animal, vous le suspendez à la branche de prunier, là, juste au dessus du fumier. Le lapin se débat, il pousse des petits cris, il cherche à s’échapper. Vous empoignez alors le semoir pour planter les choux ou tout autre instrument contondant. Energiquement, vous lui fracassez la nuque. Le lapin n’a pas crié. Il ne bouge presque plus, il est animé de quelques tremblements désynchronisés, comme un jouet cassé. Vous lui assénez un second coup. Il ne bouge plus. Vous prenez alors un couteau bien pointu et vous lui arrachez un œil. Il faut tourner dans l’orbite et tirer, jusqu’à ce que le sang coule. Le lapin ne doit plus contenir de sang quand on le mangera. Pendant que le sang coule, vous entaillez la peau autour des 4 pattes, vous lui ouvrez le ventre et vous enlevez rapidement les entrailles, en les prenant à pleines mains, sinon les pattes arrières auront un horrible goût d’urine. Vous lui tirez ensuite la fourrure, qui s’enlève comme un pyjama, se désolidarisant de la peau comme on enlève le dos d’un autocollant, et laissant voir une peau rosâtre aux jolis reflets bleutés. C’est presque poétique. Ces reflets fugaces s’estomperont d’ici quelques minutes. Le sang finit de se répandre sur le fumier, dans une flaque noirâtre qui intéresse déjà quelques mouches.
Récupérez le foie et les rognons, ils agrémenteront le pâté. Enterrez le reste dans le fumier, cela fera un bon engrais.
Vous dépendez le lapin et le posez dans ce plat blanc en porcelaine. Vous sentez le sang frapper à vos tempes, en regardant ce qui n’est plus qu’un vous avez très chaud, vous transpirez. Vous avez plein de sang sur votre manche droite. Il va falloir laver rapidement votre chemise. Vous êtes écoeuré par ce lapin. Plus jamais vous ne tuerez de lapin. Plus jamais vous ne mangerez de lapin. Mais il faut maintenant aller jusqu’au bout. Le lapin est maintenant allongé sur ce plat. La tête lui donne un insupportable aspect de cadavre. On ne laisse pas la tête des lapins au supermarché. Pourquoi faut-il donc qu’il ait une tête ? Et il lui reste cet œil stupide qui vous regarde fixement, l’œil de Caïn qui vous jette son reproche muet. Vous êtes un assassin maintenant, un assassin de lapin. Vous essuyez machinalement la sueur sur votre front. Des bouffées de chaleur vous montent à la tête. Vous allez vous trouver mal.
Vous décidez de lui couper la tête, vous ne pouvez pas l’apporter comme ça à la maison. Si les enfants le voyaient ? Un billot, et un bon coup de hachoir. Mais il ne faut pas briser les os de lapin, les éclats sont coupants et vous risquez d’en avaler un par mégarde. Vous prenez alors le couteau et vous insinuez la lame entre deux vertèbres en cherchant la jointure. Vous n’y arrivez pas. Encore un effort et la tête se sépare du corps et tombe par terre. Vous osez à peine la ramasser, vous la prenez enfin du bout des doigts en détournant la tête et vous la jetez sur le fumier, où la rumeur des mouches se fait plus pressante.
Voilà, c’est fini. Il faut laver cette chemise. Vous sentez un désagréable liquide salé vous remonter dans la gorge. Vous allez vomir…

mercredi 6 janvier 2010

La saint cochon


Il fait froid ce matin de janvier, un ciel gris et lugubre présage mal de la journée à venir. Tonton Marcel et Tonton Claude sont déjà arrivés. Les tantes sont à la cuisine et préparent les plats et les ustensiles pour la grande fête qui se prépare. Dans la cuisine tonton Marcel sort une bouteille de gnôle. « Allez, on a bien mérité un petit coup pour se réchauffer. Les trois verres duralex se remplissent d’un vieux tord-boyaux à la provenance indéterminée. Je goûte : c’est encore pire que ce que je pensais. Je finis le verre cul sec pour abréger la cérémonie. Je sens aussitôt une brûlure m’arracher l’œsophage sur toute la longueur. Beurk !
Pendant qu’une brève discussion s’amorce sur la pluie, le beau temps et autres considérations de circonstance, je me demande soudain comment j’ai pu en arriver là. Je m’étais juré de ne jamais cautionner cette cérémonie barbare. Je suis vraiment trop con…  Les verres vides se reposent sur la table en chêne « Bon, ben c’est pas le tout, » dit le tonton Marcel jovial, « On a du boulot maintenant, en route » Il s’essuie la bouche du revers de sa main et sort dehors.
Chaque année tonton Marcel élève un cochon, « parce que c’est la tradition » mais aussi parce que « c’est bien meilleur que chez Leclerc ». Cette année, le cochon s’appelle Jean-Louis, un nom de baptême, un beau nom pour un cochon. Jean-Louis a gambadé dans le champ tout l’été, et s’est gavé tout l’automne de glands et de châtaignes dans le sous-bois. Jean-Louis est devenu énorme.
A mesure que l’on s’approche de l’étable en pierres, on entend les couinements de Jean-Louis s’amplifier. Le cochon connaît le jour de sa mort. Une sorte de sixième sens le prévient. Il sait exactement ce qui va lui arriver. Son petit cœur noyé dans la graisse bat à tout rompre. Depuis des semaines déjà il est enfermé dans un petit réduit en planches avec juste un peu de paille pour dormir. Il couine, il grogne, il pleure : « je veux encore gambader dans les prés avec les porcelets !  Je veux encore des glands !  encore des châtaignes ! encore des siestes sous les chênes dans la douce brise de l’été !  Libérez-moi !  Libérez-moi ! grrrouirgghhhh !!!». En franchissant les quelques mètres qui me séparent encore de l’étable, l’angoisse m’étreint la gorge. Le temps s’étire démesurément pour faire entrer dans ces quelques secondes tous les mauvais souvenirs que me rappelle cette sale matinée : l’oral d’Allemand au bac, le passage du permis de conduire, les entretiens d’embauche avec des types en cravate, la salle d’attente du dentiste.  Je suis si bien dressé que je vais de moi-même vers ce que je déteste le plus, sans contrainte physique, par l’injonction sociale, ou simplement parce que je n’arrive pas à imaginer comment je pourrais faire autrement.
Jean-Louis est sorti manu militari de son réduit en planches, et malgré ses protestations sonores, tiré par une corde et amené quelques mètres plus loin, dans la cour, près du tracteur. Il y a là une sorte d’établi, et dessus un chalumeau. « Ils ne vont pas le torturer quand même ? »
Tonton Marcel attache le condamné au tracteur par la patte arrière, pendant que tonton Claude revient de l’atelier avec la masse. Il me tend l’outil. « Tiens puisque tu es là tu n’as qu’à lui en mettre un coup sur la tête pour l’estourbir. Nous on commence à se faire vieux tu sais. » Je suis saisi de stupeur. « Ces salopards veulent me mouiller dans leur sale truc… Je vais devenir complice… complicité de crime contre cochon… Je me vois soudain dans l’enceinte d’un tribunal où je figure à la barre des accusés, un tribunal de cochons en costume, un cochon procureur, des cochons avocats, des truies de bonne famille au premier rang, dont les porcelets courent entre les travées de bois sombre, avec un vacarme qui me rappelle les grognements de jean-Louis…
« Alors c’est pour aujourd’hui ou pour demain ? On va pas y passer la journée ! » s’énerve tonton Marcel.
Je me mets devant Jean-Louis, je lève la masse… après tout ce n’est qu’un cochon… Je ne vais pas me ridiculiser devant toute la famille. Au moment où j’abats la masse sur la tête du cochon, celui-ci bouge et je rate à moitié mon coup. Jean-Louis hurle, pousse des cris déchirants dans les aigus, le crâne à moitié fracassé, un œil pendant lamentablement hors de son orbite. « Nom de diou tu l’as raté ! Mets-lui en un autre avant qu’il ameute tout le quartier » hurle tonton Marcel. A moitié abasourdi par les hurlements de Jean-Louis et les imprécations du tonton, je lève la masse et je l’abats de toutes mes forces sur la tête de Jean-Louis. La tête explose littéralement et des bouts de cervelle giclent sur le pavé, attachés à des morceaux de crâne. C’est un carnage. La tête de Jean-Louis ne ressemble plus à rien. Je retire la masse poisseuse sur laquelle sont restés des petits bouts de cervelle blanche qui ressemblent à du flan.
Je suis un assassin…
Jean-Louis s’est effondré sur le flanc dans un râle. Au moins on ne l’entend plus. Tonton Marcel attache les deux pattes arrières de Jean-Louis à la fourche du tracteur, celle qui sert à manipuler les bottes de foin. Après avoir démarré le tracteur, Il actionne l’élévateur de la fourche et Jean-Louis se dresse avec, décollant bientôt de terre, la tête pendant dans le vide, avec un léger mouvement de balancier.
« Eh ben tu l’as drôlement arrangé » dit tonton Marcel l’air ennuyé. « Enfin l’essentiel c’est que ce soit réglé. » Ajoute-t-il pour ne pas m’accabler
Tonton Claude a amené une grande bassine et un couteau. Il saigne Jean-Louis à la gorge, et pendant que le sang coule à gros bouillon, il commence à tourner le sang noir dans la bassine avec un bâton. « C’est pour ne pas que ça coagule, m’explique-t-il. »
Tonton Claude repart à la cuisine avec sa bassine de sang, pendant que tonton Marcel empoigne le chalumeau et commence à brûler les soies du cochon de haut en bas, sur toute la surface de la peau qui prend une teinte noirâtre. Le sort de ce pauvre Jean-Louis me fait penser à ces exécutions barbares du moyen-âge, où l’on continuait à infliger des sévices au condamné même après sa mort, en le décapitant, le brûlant ou en lui infligeant encore d’autres sévices atroces. Je repense à cette hagiographie des saints que j’avais lue un jour par désoeuvrement. On y décrivait par le menu tous les sévices infligés aux différents saints et qui participaient de leur grandeur: pelés, émincés, hachés menu ou broyés, rôtis, bouillis, démembrés de diverses façons, empalés, dévorés par différentes bestioles terrestres ou aquatiques : lions, ours, tigres, panthères, murènes ; crucifiés, enduits de poix et transformés en luminaires dans les jardins de Néron… Ils n’ont jamais pensé à les manger, c’est bizarre…
Tonton Claude revient avec une grande bassine d’eau chaude, des brosses et un racloir. C’est la toilette du mort. Jean-Louis est lavé, brossé, raclé jusqu’à ce que sa peau soit bien nette. Je suis écoeuré…
« Si il fallait tuer le cochon à chaque fois qu’on mange des saucisses, on en mangerait moins souvent, hein mon gars ! » Me dit tonton Marcel en rigolant.
Jean-Louis est maintenant éventré, éviscéré, les tripes sont mises dans un bac. On ne jette rien. Puis on le coupe en morceaux sans plus de cérémonies, pendant que mes tantes font la navette avec diverses gamelles pour entasser les quartiers de viande.
La boucherie continue jusqu’à ce qu’il ne reste plus que les deux morceaux de cordes attachés au tracteur, qui se balancent au vent. Les voisins arrivent maintenant avec le sourire aux lèvres, pour donner un coup de main à faire saucisses et boudins, avec la perspective d’un bon gueuleton à la clé. C’est la fête au cochon…
Le cochon Jean-Louis, saint et martyr, Jean-Louis dont la gloire périssable s’élève au ciel dans la litanie des boucheries charcuteries : boudin, saucisses, saucissons, lard, pâtés, rillauds, rillons, rillettes, andouille, andouillette, pieds, oreilles, queue, jambons, rôtis, museau, tripes, chaudin, foie, cœur, rate, côtelettes, filet mignon, lard, couenne, saindoux, crépinette…
(publication initiale sur mon site www.cuisinantes.com)

samedi 2 janvier 2010

Écrit par les vents


Un p’tit poème pour terminer l’année ? : celui de Jean-Luc
WAUTHIER, ‘Fable’, in ‘fruits de l’ombre (poèmes 1976-1993)’, ed. L’arbre à
paroles

Écrit par les vents

Cela commence un peu
comme l’histoire d’un homme
perdu sur une lande en feu
il croyait la table desservie
le repas préparé
et le voici otage
de ces imperceptibles pas
qui le conduisent vers l’ailleurs
vers le sable les nuages et le vent.

La fable continue
comme le vent du noroît
qui souffle dans les couloirs obliques
de la douceur
et l’homme se détourne de ce qu’il fut
oublie la lande en feu
les écharpes du temps
les baisers volés aux vitres de la nuit
la sourde angoisse
de ne plus retrouver les clés de la maison
ni le beau portefeuille en cuir
qu’à vingt ans il reçut
pour y cacher les rides du destin.

L’histoire finit un peu
comme ce vieil homme
qui se fait peu
déteste les miroirs
et marche à petits pas
vers la mort
dont il a peur
mais qui l’attire
comme un carrousel multicolore
et lumineux

Ainsi s’achève
cette histoire
qui fort heureusement
ne rime à rien
et n’aura pour tout lecteur
que la souveraine indifférence
des nuages
du sable
et du vent.

Jean-Luc Wauthier